La Belle et La Trompette Eclectique

Il est des jours où une succession d’événements vous entrouvre les portes du Paradis. Ce soir, j’y suis au Paradis. Musical le Paradis, si je dois vraiment le qualifier. Ce n’est guère la première fois que j’y séjourne, fort heureusement ! Sinon, ma vie ne serait pas aussi riche qu’elle ne l’est aujourd’hui. J’y suis entré cette fois-ci de manière assez surprenante. Ne trépignez point d’impatience, prenez votre temps. Mettez une bonne musique reposante et relaxante. Prenez place, je m’en vais vous conter une belle histoire.

Belle. Oui c’est ainsi que cela a commencé. Equipé de mon fidèle lecteur de musique portatif, les yeux plongés dans un livre assez agréable à lire, je rentrais chez moi. J’étais dans ce train au nom mystérieux mais dont le mystère disparaît dès qu’on y met les pieds. Vous savez, le RER ! Ah les acronymes. Souvent ils cachent la misère et font tout de suite sérieux, pompeux, scientifique ! Je m’égare. Donc j’étais une personne parmi tant d’autres dans ce lieu fort convivial et chaleureux. A un moment, j’ai senti une présence et j’ai levé les yeux pour voir de qui il pouvait s’agir. C’était une jeune demoiselle. Belle. Non, pas vraiment belle. Elle avait certes du charme mais elle avait ce petit quelque chose qui attire l’attention et qui vous donne envie de sourire. Rayonnante, je dirais. Voilà, c’est bien le mot que je cherchais. Elle n’arborait pas cette figure maussade, si chère à bon nombre des personnes que je croisais quotidiennement dans ce train ou un autre. La voir ainsi, rayonnante, contente d’être là, simplement, me donna envie de sourire et je ne sais pas pour quelle raison, ces trois mots me vinrent à l’esprit : Belle de nuit. Un titre de l’album de The Walk of The Giant Turtle dont l’auteur n’est autre que cet immense joueur de trompette au son si typique, j’ai nommé Monsieur Erik Truffaz. Au moment où ces mots se sont matérialisés dans mon esprit, j’étais entrain d’écouter la musique d’Erin Bode, une chanteuse dotée d’une voix fort agréable. Ayant un grand respect pour la bonne musique, j’ai laissé cette chère Erin finir son morceau avant de faire la succession d’opérations nécessaires pour lancer Belle de nuit, un titre très agréable à écouter ceci dit en passant.

Erik accompagna mes pas ensuite jusqu’à mon domicile où j’ai retrouvé ma petite famille. J’ai du donc laisser Erik de côté. Peut-être pour le trajet demain matin pensais-je. Mais la vie vous réserve souvent des surprises. Le dernier numéro de Jazzman m’attendait sagement sur la table du séjour, m’invitant à l’ouvrir. Ce que je fis car en voyant une superbe photo en noir et blanc d’Art Blakey sur la couverture, la tentation fut trop grande pour y résister. C’est ainsi que je me suis retrouvé à lire la rubrique sur les disques du mois et quelle ne fut ma surprise d’apprendre que le sieur Truffaz avait non seulement sorti 3 albums en même temps mais qu’un des albums était un Choc Jazzman du mois ! Vite, de quoi s’agit-il ? Je me suis empressé de trouver la page qui décrivait ces 3 pépites et ce que j’y ai lu m’emplit d’une joie immense, dans l’expectative d’écouter l’oeuvre du plus éclectique parmi les trompettistes du Jazz. C’est ainsi que je me suis retrouvé à écrire ce billet, en écoutant le triptyque élaboré sous forme de voyage sonore où chaque album a sa propre identité, très différente des autres : Paris, Benares et Mexico.

Paris, où le groove immense d’un Sly Johnson (des Saïan Supa Crew, déjà entendu récemment dans le dernier album de Camille) côtoie cette magnifique trompette. Géniale « beatbox » humaine, Sly Johnson n’a rien à envier à un monstre du genre. Bobby Mc Ferrin bien sûr !

Benares, où l’on retrouve un son envoûtant et mystique avec des voix pénétrantes et de magnifiques tablas.

Mexico enfin où on ne croirait pas un instant que nous sommes dans l’univers d’un Truffaz si on n’avait pas vu son nom figurer sur la jaquette, tellement la signature sonore est proche de celle d’un Nils Petter Molvaer, notamment à travers son sublime album Khmer, un vrai ovni dans la constellation Jazz apparu il y a quelques années chez ECM.

S’il y a bien une chose que j’adore dans la Musique, c’est l’éclectisme et l’invitation à l’ouverture et au partage. Le triptyque d’Erik Truffaz représente tout à fait cela. Des albums avec des ambiances particulières, tellement différentes, et qui traduisent un vrai esprit d’ouverture chez cet artiste dont je suis les aventures musicales depuis le début de ce siècle et que j’ai eu la chance de voir deux fois en concert. Et c’est grâce à lui si j’éprouve un tel bonheur ce soir. La Musique a cet effet sur moi. Elle s’infiltre dans les interstices de mon âme et libère ces choses qu’on appelle émotions, vous savez bien ... je parle de ces choses qui font de nous des êtres humains. Et je dois avouer que j’ai de la chance de pouvoir écouter une telle musique. La dernière fois où j’ai mis les pieds au Paradis Musical, c’était grâce (encore une fois !) à ce cher Avishai Cohen. J’ai assisté à son concert du 16 octobre au Bataclan.

Parisiens, si vous n’avez rien programmé, venez donc voir Benares en Live le 02 avril prochain au Café de la Danse et Paris (avec Sly Johnson) le 3 avril à La Maroquinerie. J’ai déjà réservé mes billets et si nous nous y croisons, faites-moi signe, nous irons savourer une boisson ensemble !

Et pour finir, je tiens à remercier la jeune demoiselle dans le train. Rayonnante inconnue, sans toi je n’aurais peut-être pas passer une si bonne soirée.